22/01/2016

Richard Gere (2006 republiée le 22/1/2016)

Une fois dormir et me revoici scotchée à mon PC, brûlant d’impatience.

 

27 messages. Ouhla, pas mal non ?  Est-ce ma photo ? mes goûts entre hard rock et classique (toujours pas l’option musique française) ? ou mes « j’aime j’aime pô » ? 

 

Bon, j’efface déjà dix messages illisibles. J’ai pourtant une bonne maîtrise de la langue française, mais j’ai beau lire et relire, comme on dit ici, j’y pige que dalle.  Est-ce un site ouvert aux pays du monde entier ? non pourtant ! ça doit être un langage codé.  Exemples : « chte kif à donf, ta webcam ? », « tè nouvel sa va ? ».

 

Parmi tous ces spécimens, je trouve un message dit « normal » : une gentille prise de contact. Le môssieur est connecté, j’entame une conversation sur le « tchat » avec lui.  Son pseudo est « Richard Gere ».  Prometteur non ?  J’adore ce film et son romantiiiiisme.  Il s’avère que s’il a choisi ce surnom, ce n’est pas parce que son physique est similaire à celui de Richard (dommage) mais parce qu’il a la même voiture que lui dans « Pretty Woman ».  Impossible de retenir le nom de cette voiture, mais je retiens qu’elle est rouge et que les portes s’ouvrent par le haut, sympa non ?  Bon, Richard est sympa également, c’est le principal.  J’accepte donc volontiers son invitation au resto chinois.  J’aime pas les restos chinois, mais ma maman m’a toujours dit « quand on t’invite, tu acceptes par politesse, et tu te tais ».  Moi me taire ?   Allez, c’est bon pour une fois.

 

Mon premier cyber rendez-vous. Je trouille.  S’il est pas sympa, pas bavard, pas beau, pas rigolo ?  Je peux m’enfuir au courant ?  Me souviens pas des directives de ma maman au sujet de ce type de problème.  Après réflexion c’est normal : maman poule n’a jamais imaginé que son poussin de fille en serait réduite à accepter des rendez-vous sur le net…

 

Richard se révèle assez sympa et rigolo. Il a de la conversation.  Je passe une bonne soirée, mais pas de coup de foudre.  Déjà, entrer ma (déjà) vieille carcasse dans cette voiture étrange, basse, aux ceintures de sécurité venues de l’espace, m’a épuisée.  Pour un tout premier rendez-vous du net, je suis cependant assez contente du résultat : Richard n’est pas bizarre, pas doté d’un énorme pustule ou d’un bégayement incontrôlable, pas de syndrome qui le ferait hurler des insultes (Tourette).  Il n’a pas oublié son portefeuille au moment de l’addition.  On se quitte avec la promesse de se revoir.

 

Depuis deux jours on s’envoie des petits sms rigolos, j’aime les sms, ça me rappelle les petits mots qu’on se passait en douce durant les cours. Ça donne un certain charme à notre début de relation. 

 

Ce soir, je sors entre filles, on va manger, boire, danser youpie. C’est le 2 janvier, on a digéré le foie gras, cuvé le champagne, on est donc prêtes à remettre ça.

 

Richard m’envoie un sms « tu fais quoi ce soir ? » « je sors avec des copines », et je lui cite l’endroit secret, en guise d’invitation en douce. Pas de nouvelles, ça sera donc une sortie totalement entre filles.

 

Vers 1h du mat’, ou bien 2h, je sais plus, pourtant je n’ai bu que du coca, juré craché, le voilà qui débarque. Et quand je dis « débarque » il s’agit bien de débarquer. Complètement saoul, bourré, plein.  Il s’avachit lourdement sur une chaise, sans même que je l’y aie invité.  Son ivresse est telle qu’il parvient difficilement à avaler sa bière, et, dans un geste maladroit, renverse nos boissons.  Je l’invite fermement à payer une tournée de dédommagement.  Il marmonne quelques borborygmes entre deux gorgées de bière.  Je crois comprendre qu’il refuse.  Ma fureur monte, je le vire de la table. 

 

Le lendemain, un mail. Aucune excuse.  Il me signale qu’il a fini la soirée aux urgences, suite à l’accident qu’il a eu en rentrant chez lui.  Ben voyons…  Il attend que je compatisse ?  Il me connaît décidément très mal.

 

La voiture de Pretty Woman cassée. Richard Gere malpoli, rustre, buveur et conducteur sous l’emprise de l’alcool.  Le rêve s’arrête.

 

Adieu Richard. Retour sur le net.

 

11:15 Écrit par Anais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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